Posted on: 30 juin 2021 Posted by: Rayane Beyly Comments: 1

Dans les Hauts-de-Seine, Henry Chavancy est en quelque sorte l’emblème du Racing 92. Outre son profil de joueur complet, sa fidélité sans faille à son club en fait un symbole rare à l’heure du professionnalisme.

Racing, à la vie, à la mort !

Le bruit sec des crampons frappant le sol des couloirs décatis du stade Yves-du-Manoir, le Centre de Formation, la remontée en Top 14, jusqu’à la pimpante U Arena. S’il est autant respecté dans le milieu, c’est bien parce que le natif de Strasbourg a tout connu avec son équipe francilienne. Parlez d’Henry Chavancy à un supporter du Racing, ce dernier pétillera des yeux et vous certifiera que le trois-quart, avant d’être une valeur sûre au centre du pré vert, est avant tout la mémoire d’un club. Biensûr, l’intéressé n’a pas vécu l’histoire entière d’une institution émergeant en 1882.

Henry Chavancy aux côtés de Sébastien Chabal, sous le maillot du Racing Métro 92 (image: Le Figaro / Sport).

Mais entre cette équipe six fois championne de France et Henry Chavancy, l’affinité est telle qu’elle nous renvoie aux plus belles valeurs de ce sport. 1999. Du haut de ses onze ans, Henry Chavancy s’engage dans l’ovalie, en démarrant au Racing Club de France, dont l’appellation sans doute désuète sera amenée à changer par la suite. L’apprentissage ne tarde pas à porter ses fruits pour le francilien. Moins de dix ans plus tard, il accroche déjà l’équipe première. En 2009, soit dix ans après ses premières foulées en benjamin, le déclic arrive ! Victorieux en Pro D2, le Racing regagne le Top 14. Dans la continuité de cette ascension, le joueur devient très vite indispensable aux yeux de Pierre Berbizier qui, dans son rôle d’entraîneur, en fait son capitaine dès 2012. Chavancy devient un modèle de courage à son poste, et porte le maillot ciel et blanc aux côtés de joueurs émérites comme Sébastien Chabal, Andrea Lo Cicero, ou encore Juan Martín Hernández. Les prémices d’un casting cinq étoiles qui montera crescendo les années suivantes sous l’impulsion du président Lorenzetti, as du mercato.

Le « parrain » de Dan Carter

Beaucoup finissent par se laisser tenter par l’appel d’un nouveau challenge, en quête de meilleurs résultats sportifs ou d’un contrat plus alléchant. Triste réalité du sport professionnel. Ce n’est pas le cas d’Henry Chavancy. Dans les années 2010, sa dynamique consiste plutôt à s’enquiller les saisons dans l’espoir d’accrocher un jour le Bouclier de Brennus. L’objectif ne semble alors pas démesuré pour ce club qui répond présent pour les phases finales du Top 14 chaque année (encore aujourd’hui), et ce depuis la remontée de 2009. Constance inégalée dans l’Hexagone.

La star des All Blacks Dan Carter, accueilli par Henry Chavancy en 2015. (image: Le Télégramme).

Chavancy fait don de son corps de match en match. S’il excelle moins que d’autres joueurs sur une qualité particulière, il n’a pas non plus de véritable point faible, et reste un plaqueur accompli, dur au mal. Mais, à force d’éliminations aux portes de la finale, le public du vieil écrin de Colombes s’impatiente, a fortiori lorsque les stars recrutées ne suffisent pas à un sacre. En 2016, exit les Jonathan Sexton ou Jamie Roberts. Le Racing recrute néo-zélandais, et ne s’en cache pas, avec l’arrivée du double champion du monde Dan Carter, ou encore celles de Joe Rokocoko et Ben Tameifuna. Désigné parrain du très attendu Carter, l’expérimenté Henry Chavancy, après de multiples espoirs douchés, soulève enfin son premier Brennus avec ses coéquipiers à la fin de l’exercice 2015-2016. L’aura Carter devait bien y être pour quelque chose. Aujourd’hui, au chapitre des remords, l’international français (5 sélections) traîne derrière lui ses trois défaites en finale de Coupe d’Europe.

Blazers de sortie, l’élégance en toutes circonstances pour les Racingmen à l’aube de leur titre face à Toulon en 2016 (image: F. Faugère / L’Equipe).

En 2016, 2018, et 2020, les Saracens, le Leinster, et récemment Exeter ont brisé tour à tour l’ambition européenne des Racingmen. A 33 ans, Henry Chavancy, lourdement blessé à l’épaule en avril dernier face à Edimbourg, n’aura plus une seconde à perdre à son retour à la compétition pour espérer mettre la main sur la Champions Cup, alors qu’il lui reste encore un an de contrat avec le Racing. Le taulier de l’équipe prolongera-t-il encore un peu l’aventure ?

Finir avec son club de cœur

Essai pour Chavancy qui s’arrache en test-match non officiel face aux All Blacks en novembre 2017, sous le regard de Maxime Machenaud (image: Laurent Theillet).

Le jour où il raccrochera les crampons ressemblera probablement à un petit cataclysme dans le championnat de France. Une écurie du Top 14 perdra son plus fidèle représentant, car tout porte à croire que le chemin s’achèvera là où il a commencé pour celui qui partage le capitanat avec Maxime Machenaud : « Si le plaisir est toujours là, j’espère pouvoir continuer encore un peu. On en discutera avec les dirigeants du Racing en temps voulu. Mais je ne me vois pas jouer dans un autre club en France que le Racing 92 », affirmait-il il y a deux mois (source : interview Poulain Raffûte/Rugbyrama -avril 2021). A l’instar d’Aurélien Rougerie quittant avec émotion les terrains en 2017 après une carrière 100% clermontoise, Chavancy laissera une empreinte indélébile sur le rugby francilien. Discret lors de ses rares apparitions avec le XV de France entre 2017 et 2018, il n’aura jamais vécu la victoire en bleu, dans une période tumultueuse pour l’équipe nationale. Ayant toutefois connu les honneurs de la sélection, ajoutés aux quelques piges réalisées antérieurement avec les Barbarians Français (ndlr : 2012, 2014, 2015, respectivement face au Japon, la Namibie, et l’Argentine), Henry Chavancy, titulaire régulier en club, devra composer avec une concurrence certaine à son poste l’an prochain. L’attelage Fickou/Vakatawa, paire de centres utilisée avec les Bleus, pourrait le reléguer sur le banc. Comptez sur l’ancien du Racing pour montrer que sa place n’est pas celle d’un faire-valoir. La saison prochaine, le public du Racing 92 portera à nouveau aux nues l’enfant chéri du club. Et comme ils l’ont déjà fait par le passé pour honorer leurs aînés, les Racingmen pourraient un jour ressortir les nœuds papillon, blazers, et coupes de champagne pour célébrer la carrière d’Henry Chavancy, le cœur des Ciel et Blanc.

Rayane Beyly

Source de l’image en vignette: Rugbyrama

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  1. Henry est un exemple, il représente tout ce que nous aimons dans ce sport, c’est le fils, le frère ou le copain qu’on aimerait tous avoir. Sa fidélité et sa loyauté envers ce club seront sûrement les dernières traces du Rugby d’avant. Il y a des joueurs comme ça que l’on oublie jamais, ce sont eux les meilleurs représentants du Rugby. J’espère qu’il pourra avoir sa victoire en coupe d’Europe, ce serait bien mérité 😉

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